1 – Une formation à l’autisme globalement contestable

Divers professionnels interviennent dans l’évaluation d’une Information Préoccupante. Celle-ci est généralement réalisée par un binôme rencontrant la famille, et l’évaluation est conseillée et supervisée par des instances spécifiques. Les binômes d’évaluation peuvent se décliner de diverses façons, mais on retrouve couramment, selon l’âge des enfants, une assistante sociale et une infirmière puéricultrice (enfant de moins de 6 ans), un éducateur et une assistante sociale, ou encore deux assistantes sociales (enfant de plus de 6 ans). Ces professionnels sont-ils formés à l’autisme, et si oui, comment?

En 2015, durant le 3ème Plan Autisme, un audit est lancé par le ministère des Affaires Sociales et de la Santé, et par celui des Familles, de l’Enfance et du Droit des Femmes, concernant l’enseignement en matière d’autisme dans les métiers du travail social. Cependant, celui ci  concerne exclusivement les “quatre métiers principaux de la filière éducative”, soit les diplômes d’éducateur spécialisé, d’éducateur de jeunes enfants, de moniteur éducateur, et d’aide médico-psychologique. La formation d’assistant de service social passe outre ce contrôle.

A noter que l’audit constate, au sein des quatre formations concernées, une très forte hétérogénéité des contenus dispensés, l’existence d’une incohérence entre des contenus de formation conformes et non conformes avec les recommandations de la HAS au sein d’un même établissement. Seuls 14 % des établissements audités proposent un contenu en conformité avec l’état des connaissances et en accord avec les recommandations de bonnes pratiques. 16 % des établissements présentent l’autisme uniquement comme une psychose, et 21 % font cohabiter les recommandations de la HAS avec ”une approche de l’autisme comme d’une psychose infantile”. Une enquête du CREAI Aquitaine, la même année, portant sur l’ensemble des formations médicales et sociales de la région, incluant la formation d’assistant de service social, conclut quant à elle que 42 % des formations de son secteur font référence à des prises en charges psychanalytiques de l’autisme, et 39 % à des thérapies analytiques.

Cependant, cela ne représente qu’un échantillon des formations dispensées à un instant T. Les professionnels de terrain, n’ont pas tous été formés en 2015. Or, si l’on constate il y a quatre ans, des cours particulièrement inadaptés à la connaissance et à la prise en charge de l’autisme dans l’ensemble des professions médico-sociales, que faut-il en déduire concernant les 40 années précédentes? Comment les travailleurs sociaux, et leurs éventuels partenaires du champ médical, auraient-ils pu, dans ces conditions, acquérir un socle de connaissances satisfaisant en matière d’autisme? Rappelons que la psychanalyse est globalement décriée dans le monde, et que la place qu’elle donne à l’autisme est celle d’une pathologie déclenchée par une mauvais relation avec la mère, alors que les avancées scientifiques démontrent qu’il n’en est rien.

2 – Le socle de connaissance de l’assistante sociale

L’assistante sociale étant le dénominateur commun des professionnels évaluant les Informations Préoccupantes, il est intéressant de s’intéresser à sa formation pour comprendre les outils d’évaluation dont elle dispose. Rappelons que les assistantes sociales actuellement en exercice, ont été formées globalement du début des années 80 à aujourd’hui. En 2016, en France, 2500 élèves entraient en première année de formation. Celle-ci a bien évidemment évolué : on y trouve, sous l’impulsion du 3ème Plan autisme (2013-2017), une sensibilisation à l’autisme, qui devient un sujet d’enseignement au même titre que les violences conjugales, l’insertion des jeunes ou le logement.

Cependant, dans le référentiel de formation, tel que présenté en avril 2019 sur le site de la Direction Générale de la Cohésion Sociale [référentiel en PDF ici], pas de référence directe à l’autisme. Par contre, dans le chapitre consacré à l’Unité de Formation Contributive « Psychologie, science de l’éducation, science de l’information, communication » , il est clairement indiqué : “Principales théories psychologiques, initiation à la théorie psychanalytique”. De plus, dans un échantillon de cours, donnés entre 2008 et 2018 dans différentes écoles et régions de France, on retrouve les mêmes références : le développement affectif est intégralement abordé sous l’angle des théories freudiennes, sans aucune alternative ou remise en question. Aussi, la future assistante sociale, construit son expertise de l’enfant à travers cette unique approche. Elle est donc implicitement formée à rechercher, devant toute interrogation quant au fonctionnement de l’enfant, un dysfonctionnement d’origine familiale, en particulier entre la mère et l’enfant.

On demande toutefois  aux professionnelles en exercice, d’être capable de se former tout au long de leur carrière. En effet, les pratiques du travail social sont largement dépendantes des politiques mises en oeuvres, et donc des textes de loi, en perpétuelle évolution. Pour cela, l’outil principalement utilisé est le CNFPT : Centre National de la Fonction Publique Territoriale, dont la mission principale est de proposer une offre de formation, obligatoire ou non, permettant au fonctionnaire (ou contractuel) d’actualiser ses connaissances. Au répertoire 2019, il n’existe aucune formation en matière l’autisme. Aussi, les évaluateurs d’Informations Préoccupantes qui voudraient améliorer leurs connaissances sur ce sujet, en seraient réduits à l’autoformation, qui, au final, ne paraîtrait pas fiable aux yeux de leur institution, et dont les acquis ne pourraient en aucun cas être présentés comme des arguments objectifs.

Dans le contexte des évaluations d’Informations Préoccupantes, les travailleurs sociaux sont sous pression : le cadre particulier de cette intervention, demande à ce que chaque situation soit évaluée sous 3 mois. Dans ce laps de temps très court, il faut rencontrer chacun des parents, chacun des enfants, prendre contact avec l’école, les éventuels professionnels intervenant autour de l’enfant, évaluer les capacités d’évolution de la famille, rendre compte à la hiérarchie de l’avancée des investigations, orienter l’enfant vers des prises en charge adaptées si nécessaire, proposer et mettre en place des aides diverses de nature administrative… tout ceci dans un contexte où il existe généralement des interrogations quant à un éventuel danger couru par l’enfant, à côté duquel il ne faut pas passer. Cette mission s’effectue en plus du travail d’accompagnement quotidien, et le professionnel évalue en général plusieurs Informations Préoccupantes à la fois. Ce n’est en aucun cas, un temps que l’on peut consacrer à la recherche et/ou la formation. Aussi, en cas d’interrogation dans le champ psychologique, on dirigera au plus vite la famille vers le service “compétent” en la matière, soit les CMPP, CMP et consorts.

Comme on a pu le voir plus haut, si l’enfant concerné par l’Information Préoccupante est autiste, l’orientation vers le CMPP, ne lui sera non seulement d’aucune aide, mais risque de plus, de mettre en danger, son accès à un diagnostic fiable et à une prise en charge adaptée. Cette orientation peut lui coûter, au contraire, de précieuses années, et l’entraîner lui et sa famille dans des approches psychanalytiques délétères.

3 – Les références en matière de maltraitance

Pourquoi l’enfant autiste éveille-t-il tant de suspicions ? Pourquoi est-il si souvent repéré comme “en danger ou en risque de l’être “ au titre de l’article 375 ? on a pu voir que l’angle de la formation psychanalytique, induit un traitement défavorable à la famille, et en particulier à la mère, dans l’évaluation des Informations Préoccupantes. Mais qu’en est-il de l’enfant en lui même? Il existe, en matière d’enseignement concernant les carences affectives, éducatives, les maltraitances et leurs symptômes, plusieurs auteurs incontournables dans toute formation du travail social.

Tout d’abord, on étudie avec Spitz, psychanalyste hongrois, la notion d’hospitalisme. L’hospitalisme recouvre “l’ensemble des troubles physiques dus à une carence affective par privation de la mère, survenant chez les jeunes enfants placés en institution dans les 18 premiers mois de la vie”. Tirés de l’observation, dans l’après guerre, d’enfants privés de contacts humains à long terme, ses symptômes sont, entre autres : un refus du contact physique et oculaire, détachement, indifférence à l’environnement et aux personnes, balancements,  troubles du sommeil et de l’alimentation. Ce syndrome est à nouveau cité dans les années 90, pour définir le comportement des enfants roumains n’ayant connu que l’orphelinat. Cependant, par extension, le terme d’hospitalisme est également utilisé pour désigner les carences affectives graves subies par des enfants vivant pourtant dans le milieu familial : on parle alors d’hospitalisme à domicile ou intrafamilial.[Ici en 2011 https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2011-1-page-127.htm?contenu=article]

Autre concept incontournable, l’attachement selon Bowlby. Ce psychiatre et psychanalyste britannique développe la théorie selon laquelle un jeune enfant a besoin de développer une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue, pour connaître un développement social et émotionnel normal. Cette personne est, en général la mère, mais peut être remplacée. On estime que l’attachement “sécure” est corrélé à la sensibilité de la mère comme au plaisir qu’elle prend à s’occuper de son enfant. Dans ce cas, la relation mère/enfant est fluide, les interactions sont cohérentes et appropriées de part et d’autre, sans indépendance ou dépendance marquée. Trois autres formes d’attachement  négatif ou insécure sont également décrites :  attachement évitant, ambivalent, et désorganisé. Dans ces trois cas, la relation mère/enfant ne permet pas un développement sain de l’enfant, et limite ses capacités d’adaptation dans l’avenir.

Quels sont les signes observables de ces formes d’attachement ? Les signes enseignés comme étant des marqueurs d’un possible dysfonctionnement grave de la relation mère/enfant aux travailleurs sociaux ? Peu d’échanges affectifs durant les jeux, évitement du contact physique et/ou oculaire, colères et/ou violence, possibles stéréotypies, déficit de régulation et de contrôle émotionnel, ou au contraire peu de manifestations émotives, raisonnement au détriment des affects, réponses courtes dans le langage oral, besoin de contrôle exacerbé, faible estime de soi, opposition, difficultés scolaires, troubles du sommeil : une assistante sociale qui observe ces attitudes chez un enfant, pensera inévitablement à la possibilité d’un attachement insécure, et donc néfaste pour l’enfant, alors que c’est également un tableau clinique pouvant correspondre à l’autisme.

Ainsi, comme le note très justement ce guide édité par l’AFFA, de nombreux comportements infantiles enseignées comme étant des signes de maltraitance et de carences affectives graves, peuvent, en dehors de tout dysfonctionnement des relations intrafamiliales, se retrouver chez un enfant autiste. De même, les interactions entre la mère et l’enfant, que l’autisme soit diagnostiqué ou pas, seront observées, par manque de formation et de connaissances, uniquement sous l’angle de possibles relations délétères pour l’enfant. Plus les signes observés sont nombreux, plus la famille risque de se voir proposer des orientations ou des propositions d’aide inadaptées, et plus le risque de signalement aux autorités judiciaires augmente. Pour exemple, le département du Nord, compte aujourd’hui environ 10 400 enfants placés, dont 80% pour carences affectives et éducatives.

Sur les 8 300 enfants séparés de leur famille pour des telles raisons, combien pourraient être concernés par l’autisme ? Quel serait enfin ce chiffre, ramené à la France entière ?

Suite et fin ici https://tsatravailleursocialalerte.wordpress.com/2019/05/25/lautisme-a-lepreuve-de-la-protection-de-lenfance-conclusion/

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2 commentaires sur « L’autisme à l’épreuve de la protection de l’enfance : 3-Une formation qui interroge »

  1. Bonjour,
    Je confirme ce que vous avez écrit,Car l’organisme qui a suivi mon fils ,pendant 11 ans(de 8 à 19 ans)ils m’ont fait croire que j’etais la cause des problèmes et à ses 12 ans j’ai été convoqué par la directrice de la protection de l’enfance qui m’a expliqué que mon fils allait avoir un éducateur pendant 2 ans et que si il n’y a pas d’amélioration sur son comportement il passera devant un juge pour enfant !!!
    Mon fils a été diagnostiqué autiste d’asperger en juin 2019 à l’âge de 19 ans.
    Et je suis en colère de tout ce qu’ils nous ont fait subir.
    Et si il y aurait une loi cela ferait longtemps que j’aurais porter plainte pour tout le mal qu’ils nous ont fait.

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